29.11.2007
Savoir, Pouvoir, Secret
10:10 Publié dans Débat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Place Publique, débat, Christian Baudelot, Jacques Floch, Thierry Guidet, Guy Lorant
23.11.2007
Place Publique #6 : Nantes, Ville de chanson
ALAIN BERGERAT > HISTORIEN00:10 Publié dans Contributions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Place Publique #6 : Enquête dans deux collèges nantais : Le marché noir de l'éducation
Entretien avec Yves Careil00:05 Publié dans Entretiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Yves Careil, Collèges
22.11.2007
Place Publique #6 : Comment entrer dans la cour européenne
Philippe Audic > Délégué régional d'EDF23:55 Publié dans Contributions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Nantes, Saint-Nazaire
Place Publique #6 : Le roi vient quand il veut, Pierre Michon
« Je pense à l’instant à mon grand-père, Félix, qui était l’innocence en personne. Il est scandaleux que cette innocence soit morte et inconnue. Peut-être, mettre cette innocence, la faillite de cette innocence, la disparition sans trace de cette innocence, et l’indignation, l’émoi, le bouleversement que m’en donne le souvenir, dans une prose de fer, peut-être que c’est ça, mon devoir d’écriture. » C’est l’une des multiples clefs que Pierre Michon (creusois de naissance, souvent nantais) donne de son oeuvre, dans un recueil de trente entretiens donnés à des journaux ou revues de 1984 à 2007, et dont nous avons publié des bonnes feuilles dans notre dernier numéro. Ce livre généreux est habité aussi bien par des « prolétaires morts sans discours », que par des écrivains, « maîtres de l’invective directe », champions de l’énonciation prophétique (Lautréamont, Rimbaud, Sade) et par ceux qui auront su, tel Faulkner, « universaliser [leur] extrême particularité ». L’ouvrage paraît alors que le monde littéraire attend le prochain ouvrage du maître. On y apprend que le projet Les Onze, sur la Révolution française, amorcé en 1993, « ne sera jamais fini ». Est évoquée une nouvelle forme autobiographique, dont Pierre Michon nous parlait à l’époque récente de Corps du roi, de son désir d’un nouveau style : « J’ai envie de parler de ma vie dans une nouvelle forme, donner libre cours à ma pulsion moderniste branchée sur une culture lettrée… Ce serait quelque chose comme Christine Angot chez les Mandarins. » En attendant, il y a donc Le roi vient quand il veut, qui ressemble aux compilations que les rock-stars publient pour faire patienter les fans. Ce recueil est tout de même mieux que ça. Il nous donne toute la continuité de l’oeuvre, offre les éléments biographiques essentiels, cette relation puissante à une mère seule, institutrice, initiatrice du rituel de la lecture, véritable Mère du texte : « Ma mère était vraisemblablement, comme tout le monde, un grand auteur méconnu qui n’est jamais passé à l’acte. J’ai transformé ma vie en réhabilitation d’Andrée Gayaudon, ma mère. » Il raconte aussi le pari que constitue Les vies minuscules, livre écrit dans une période où l’auteur hésitait fortement entre le visage rayonnant des lettres et le caniveau alcoolique – et Michon reste lié à cette part noire et malheureuse, ce tribut payé aux ombres, le négatif contenu dans une bouteille, forme absente d’un père évanoui. Après ce livre publié par Gallimard sans aucun suivi, vendu à seulement 1918 exemplaires la première année, Michon est « littérairement un homme mort ». Gérard Bobillier (« Bob », patron des éditions Verdier) le prend sous son aile et le sauve. « Pierrot » va courir sous casaque jaune, celle qu’il donne à Verdier, couleur Van Gogh. L’essentiel est dans l’exigence la plus haute d’une littérature pure, délivrée de l’individu qui le porte, et dans le refus de la narration classique, saturée, bavarde, inélégante : « À quoi bon produire ces vieux artefacts bien bouclés? Donc, je travaille à autre chose : pas des romans, des blocs de prose ». Il le dit aussi dans l’entretien avec Yaël Pachet : comme la tragédie après Racine, le roman est mort après Joyce, Beckett et Proust. Place aux nouvelles formes. À côté du terroriste, se trouve le Michon érudit, aimant le Victor Hugo de Booz endormi, amical et drôle. Drôle quand il évoque son renoncement aux imparfaits du subjonctif, « car les masses en ont une sainte trouille ». Ou lorsqu’il propose une lecture originale de Madame Bovary, en qui il voit une vache sacrifiée mais aussi une esclave sexuelle ficelée, « bondagée » par son amant. Très complet, ce recueil d’interviews offre des aperçus passionnants sur la méthode créative de Michon. S’y confirme l’importance des carnets, qui sont le milieu actif où la citation non guillemetée, où le texte allographe est absorbé, dissous par les sucs d’une énonciation péremptoire, implacable, qui dévore tout. Cet entretien nous ouvre à la fabrique de l’oeuvre Michon, fantastique butinage et intense activité de notation, de constitution d’une provision d’idées, d’images, de chaînes signifiantes. Cette matière accumulée, comme certains produits sanguins très fragiles, ne reste active que peu de temps : « le roi vient quand il veut », mais mieux vaut qu’il vienne vite, ou les cellules textuelles meurent. Michon entend ici par « roi » la littérature, cette royauté qui vient habiter le corps d’un travailleur de la plume. Les édits de cette royauté sont inaccessibles, injustes, fulgurants. Ils ne dépendent d’aucune volonté. Ils en coûtent à l’homme qui en prend note, comme lorsque Michon avoue être sorti acheter un livre pour ne pas voir sa mère mourir. C’est en somme une vision luthérienne de la grâce littéraire que nous propose l’auteur creusois. « Très longtemps j’ai cru que la littérature ce n’était pas moi, maintenant je pense que c’est moi. »DANIEL MORVAN
Pierre Michon, Le roi vient quand il veut, Albin Michel, 22€.
23:50 Publié dans Critiques livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pierre Michon, Le roi vient quand il veut
Place Publique #6 : éditorial
Les élections municipales auront lieu au mois de mars. Il s’agit d’un événement politique très attendu. Chacun sait bien, et Nicolas Sarkozy le premier, que cette consultation, la première depuis la présidentielle et les législatives aura valeur de test national. Mais, en dépit de cet enjeu, les municipales sont d’abord 36 000 élections différentes dans les 36 000 (et quelque) communes que compte la France. En principe, c’est un conseil municipal qu’on choisit qui, luimême, désigne un maire. En réalité, c’est pour un chef de file que les électeurs votent, une sorte de président de la ville, voire un monarque républicain, qui compose son équipe comme on compose un gouvernement. Avec l’élection présidentielle, les municipales sont les deux consultations les plus populaires aux yeux des Français. Voilà pourquoi, à quelques mois de l’échéance, nous avons choisi de nous intéresser au pouvoir des maires. Si ce mandat est tant convoité, c’est qu’il ne doit pas manquer d’attraits. La capacité de marquer sa ville d’une empreinte concrète, la proximité avec le citoyen, le poids politique considérable pris par les maires de grandes villes en sont quelques-uns. On peut toutefois se demander si le pouvoir du maire n’est pas rogné en même temps par le bas et par le haut. Par le bas, avec lamontée en puissance (réelle ou fantasmée?) de la démocratie participative qui viendrait concurrencer la légitimité de la démocratie représentative : et si les conseils de jeunes ou de sages, les comités de quartier, les conseils de développement venaient piétiner les plates-bandes des bons vieux conseils municipaux? Par le haut, avec le transfert aux intercommunalités d’une bonne part des compétences naguère dévolues aux communes. À Nantes, à Lille, à Bordeaux, à Strasbourg, le budget de la communauté urbaine est désormais deux à trois fois plus élevé que celui de la villecentre. Pour éclairer l’ensemble de ces questions, conformément à ses habitudes, Place publique a croisé l’expertise d’universitaires et l’expérience d’élus tout en s’efforçant de donner une profondeur historique au propos. Se retournant sur l’histoire politique du 19e et du 20e siècles, le politiste Goulven Boudic conclut sans hésiter à un élargissement du pouvoir des maires, et notamment ceux des grandes villes, qui ont su secouer la tutelle de l’État, non sans conflits ni résistances. Aujourd’hui, le maire incarne sa ville; il en écrit le récit ; il lui donne cohérence et consistance. Au risque d’une dérive monarchique? Au risque seulement, assure Goulven Boudic, puisque la personnalisation du pouvoir va de pair avec la responsabilité de l’élu devant ses électeurs.Quand quelque chose ne tourne pas rond dans une ville, les habitants savent bien désigner le coupable. Si la fonction de maire reste si populaire aux yeux des Français, c’est peut-être aussi parce qu’elle s’enracine en profondeur dans notre histoire. Nantes compte un maire depuis 1565, nous rappelle l’historien Guy Saupin. Même si elle a considérablement évolué au fil du temps, il n’y a guère de fonction politique ayant ainsi traversé les siècles, depuis l’Ancien Régime jusqu’à aujourd’hui. Spécialiste d’histoire contemporaine, Didier Guyvarc’h change de focale pour se concentrer sur le siècle passé à Nantes. L’époque aura été marquée par une grande instabilité municipale. Trois maires seulement auront été reconduits par les électeurs. Trois maires, plus Jean-Marc Ayrault, l’actuel premier magistrat qui bat, d’ores et déjà, le record de longévité des maires démocratiquement élus. Venons-en à l’actualité, à la question des regroupements de communes, là où l’essentiel des décisions se prend désormais. Et à la question du fonctionnement démocratique de ces institutions. Ni dans les communautés urbaines, comme à Nantes, ni dans les communautés d’agglomérations, comme à Saint-Nazaire, les élus ne sont directement désignés par les électeurs. Ce sont les conseils municipaux qui décident de déléguer tel ou tel au conseil de communauté. Pas très satisfaisant au plan des principes, concède le spécialiste de science politique Bernard Dolez, et pourtant rien ne bouge. Parce que les élus ne sont pas très pressés de changer les règles du eu. Parce qu’on n’entend guère les électeurs réclamer à cor et à cri la démocratisation du système. Un autre politiste, Loïc Blondiaux, répond aux questions de Place publique sur la démocratie participative, dont il est l’un des meilleurs spécialistes français. Un peu désenchanté, le bilan. Certes, des initiatives intéressantes sont prises ici et là,mais les citoyens ne se bousculent pas pour prendre plus directement leurs affaires enmain. D’ailleurs, la démocratie participative, sans doutemal remise de l’usage qui en a été fait lors de la dernière présidentielle, ne saurait concurrencer la démocratie représentative : on n’a rien inventé de mieux que l’élection pour donner de la légitimité aux décisions politiques. Si Nantes a longtemps été marquée par une certaine instabilité du pouvoir municipal, il en va tout autrement de Saint-Nazaire. Dans un texte stimulant, Sylvain Girault analyse les particularités de ce port créé récemment de façon tout à fait délibérée et que les élus se sont employés à transformer en ville. D’où le rôle singulier et considérable qu’ont joué et que continuent de jouer les maires de Saint-Nazaire. Rosa Sanchez, qui enseigne à l’université de Nantes et à Sciences Po Paris, s’essaie à une comparaison européenne. Certes, les traditions politiques varient beaucoup d’un pays à l’autre. L’alcalde, le mayor, le burgmeister, le maire n’ont pas les mêmes pouvoirs ni les mêmes procédures de désignation. Pour autant, un peu partout dans le continent, se discerne une tendance au renforcement des exécutifs locaux et donc au pouvoir des maires. Ce dossier se clôt sur un entretien avec Françoise Verchère qui vient d’abandonner les rênes de Bouguenais, cette ville du sud de l’agglomération nantaise. Cette élue, bien connue pour sa vivacité intellectuelle et son franc-parler, revient sur son expériencemunicipale. Elle enrichit, nuance, donne un poids de vécu aux analyses précédentes. Elle aussi offre une réponse balancée à la question du pouvoir des maires : ni monarque ni assistante sociale.Mais il ne faudrait pas pousser beaucoup Françoise Verchère, qui a conservé ses fonctions à la communauté urbaine et au conseil général, pour qu’elle avoue qu’en renonçant à lamairie, elle a aussi quitté le plus beau, le plus passionnant, le plus épuisant des mandats.
23:15 Publié dans Editoriaux de Thierry Guidet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







